Exit 47, revue de poésie
De l’intime au collectif

S’ouvrant sur les textes de quatre poètes réunis sous le thème de l’intimité, le dernier numéro (47) de la revue Exit présente dans la seconde partie le résultat d’explorations poétiques formelles ainsi qu’un texte de réflexion sur le slam.

Daniel Leblanc-Poirier(I), à travers une expressivité de la trempe des jeunes poètes maudits, fait usage des vocables propres au religieux et au sacré en décalage avec son propos charnel et moderne. Il intensifie ainsi le banal du quotidien et de l’intime, matière première de son propos. Une attention aux titres qui rappellent, peut-être intentionnellement, peut-être pas, ceux du poète Nelligan. Dans sa poésie en prose, July Giguère (II) se distancie de la douleur et de la violence qu’elle décrit. La construction rigide et clinique du texte, évacue le lyrisme propre à la forme poétique, créant une impression doublement tragique. Évoquant un rapport intime au territoire et une écriture de l’américanité, Catalano (III) extirpe des étendues mythiques du paysage américain une poésie géographique et organique, aux sonorités rythmées. Corinne Chevarier (IV) se penche plutôt sur les rapports étroits entre la vie sentimentale et l’écriture.

Dans la partie Dialogue de la revue, sont regroupées les expérimentations formelles par une dizaine d’auteurs qui ont pris part à une démarche proposée, soit de créer un poème à partir d’un texte en prose déjà existant, tout en respectant certaines contraintes imposées (V). Finalement, IVY (VI) expose ses réflexions sur l’avènement du slam à Montréal. Par le fait même, il partage son point de vue sur la distinction et la filiation existant entre poètes et slameurs et sur la poésie dans sa double expression, soit comme geste d’écriture (acte solitaire), soit comme parole (acte collectif). À ses yeux, le slam a le mérite de remettre de l’avant la poésie comme acte qui s’inscrit dans un contexte collectif, dans un dialogue animé entre créateurs et "spectateurs".

Extraits*

(I)Tu as des soupirs
qui résonnent dans les clochers
mais puisses-tu m’éclaircir sur la portée de ton orgasme
car il y a des visages que je ne peux pas cueillir en couple - Daniel Leblanc-Poirier

(II) Il caresse le chat couché en boule sur ses cuisses : la main est comme absente du geste. Elle est avec les yeux, au bord de la noyade. - July Giguère

(III) Tandis qu’à belle dentle Nord mord
la queue bleu ciel de l’animal voyageur
le sud-rut rampe tire sa langue bifide
au sud dru, au sud dur
au sud-mouth et au sud-out - Francis Catalano

(IV) tu crois que je tiens l’écriture comme une cigarette
qu’il suffit de tirer sur la parole

à quoi sert de te nommer
tu dépasses de partout - Corinne Chevarier

(V) Les grilles abritent l’anonymat
des saris s’échappent des chambres
debout à la fenêtre orange devenue aveugle
le mariage accouché
une femme et son visage

le regard est l’arme du pauvre - Corinne Chevarier

(Mots tirés de « Arrêt sur images », par Catherine Hébert, Elle Québec)

(VI) L’émergence des slameurs questionne la fabrication du poétique en art – la rime, la récurrence, l’image – et le rôle que joue la poésie dans notre société. (…) Si le poème appartient à la littérature et le slam au spectacle (à la littérature orale), la poésie, elle, pour reprendre une formule usée, appartient à tous. - IVY

*Tous les extraits sont tirés du numéro 47 de la revue de poésie Exit, Éditions Gaz Moutarde, 2007 et diffusés ici avec l'accord de l'éditeur. http://www.exit-poesie.com/